Le principe de l’aspirateur

Le principe de l’aspirateur

« Dans un livre d’entretiens, Glenn Gould raconte comment, lorsqu’il apprend une partition, il trouve le meilleur de son art en mettant en marche un aspirateur à côté du piano : le bruit de l’appareil fait comme un mur entre le monde extérieur et sa méditation. Le bruit absorbe la mauvaise part de l’esprit, ne laissant subsister que la claire attention à la claire musique : la vie n’est jamais si forte que lorsqu’elle est empêchée dans une de ses voies. Elle file, limpide, par l’issue qui lui reste. (…) Ce qui contrarie notre vie ne fait à terme que la fortifier ». Christian Bobin, L’épuisement le temps qu’il fait p86-87.

Glenn-Gould-QuatreTrente La conscience pure

Imaginez que vous puissiez vous abriter dans un espace où règnent le silence, la paix et la joie, quel que soit votre état de santé, quelles que soient les circonstances, quel que soit votre environnement, que l’on vous aime ou pas, que vous soyez financièrement à l’aise ou pas. Une sorte d’abri au milieu de la tempête ou une oasis au milieu du désert. Dans cet espace, tout est parfait. Glenn Gould, Albert Einstein, Abraham Lincoln, Gandhi, Léonard de Vinci… et bien d’autres, l’ont déjà trouvé.

Le secret des géants

Quel est le point commun entre Glenn Gould, Albert Einstein, Abraham Lincoln, Gandhi, Léonard de Vinci… et bien d’autres? Ils s’octroyaient tous des moments de silence, de vide intérieur. Attention, pas n’importe lequel : « la plénitude du vide » (2) ou plutôt un état de pure conscience. Albert Einstein l’a exprimé ainsi : « Je pense 99 fois et ne découvre rien. Je cesse de penser, je me plonge dans le silence et la vérité m’apparaît. » Da Vinci s’immergeait dans la nature et la contemplait. Dans ces instants, il n’y avait pour lui ni temps, ni espace, il faisait un avec ce qu’il était en train de vivre. Il dira ensuite : « il y a en art ni passé, ni futur. L’art qui n’est pas dans le présent, ne sera jamais ».

 

La conscience pure

Le neurologue Dominique Laplane a observé un patient décrit comme régulièrement apathique. Son entourage pensait qu’il était dément ou atteint d’une pathologie. Après l’avoir interrogé sur son expérience intérieure et avoir fait quelques recherches, le neurologue découvre qu’en fait ce patient entrait dans ce qu’il a d’abord appelé « une perte de l’auto-activation psychique » puis il réalise qu’il s’agissait en fait d’un état de pure conscience ou de conscience vide. « C’est l’expérience la plus directe à l’être. On vit l’expérience d’une manière totale, on est tout à elle, on est elle ».

 

La claire attention

Un grand maître Zen a été sollicité à New York pour dispenser ses enseignements sur l’art de méditer. Les organisateurs ont assuré au maître zen qu’ils trouveront un endroit calme et tranquille pour ses sessions. Le maître Zen répondit : « au contraire, trouvez-moi un lieu très bruyant. Si vous ne savez pas méditer dans un endroit bruyant, vous ne serez jamais méditer ».
Comme le prouve Glenn Gould, ce silence dont il est question ici n’est pas l’absence de bruit extérieur. Le principe de l’aspirateur est finalement ceci : avec de l’entraînement, de la présence, de la conscience, de l’attention quelles que soient les circonstances nous pourrions atteindre l’équanimité.

 

L’équanimité

C’est l’équilibre de l’esprit, la paix du mental ou une profonde sérénité en dépit de « toute sensation ou évocation, agréable ou désagréable. Ce détachement s’enracine et se stabilise par une acceptation de soi-même et de ses circonstances, passées ou actuelles, un lâcher-prise constant malgré les caprices de sa volonté et de sa réactivité personnelle.(…) Ces processus très variables auront fini par élaborer un apaisement intime de l’esprit devant tout désir, peur, etc. »(1)
Le musicien Glenn Gould va justement intensifier ces circonstances désagréables (quoi de plus désagréable et disharmonieux que le bruit d’un aspirateur lorsqu’un pianiste cherche à apprendre une partition) pour s’obliger à rester focaliser, dans l’attention constante de ce qui se passe à l’intérieur de lui en faisant taire le mental par ce dispositif.

L'équanimité

Nous sommes aussi des géants

Ne nous laissons pas intimider par les noms de ces personnes qui ont marqué l’humanité. Elles sont avant tout des êtres humains comme nous. Elles ont réussi à trouver régulièrement cet équilibre, cette paix profonde. Leur exemple nous prouve que c’est possible et cet état n’est pas réservé à une élite. Alors comment atteindre cette conscience pure?

Comment ?

Beaucoup vous dirait en pratiquant la méditation régulièrement. Moi je vous dirai que c’est un bon début mais que ce n’est de loin pas suffisant. Selon moi, il est essentiel, de faire ce que j’appelle « le vrai travail » : apprendre à comprendre le fonctionnement de votre mental, mieux vous connaître, accepter de faire face à vos zones d’ombre, identifier vos blessures archaïques et les pacifier (voir Nos blessures et l’auto-sabotage). Apprendre à reconnaître ce qui se cache derrière vos émotions, les expériences douloureuses que vous vivez. Vous saurez alors laisser passer les émotions, les pensées comme des nuages et vous saurez méditer : être là et heureux d’être là dans le présent, de suivre votre respiration, en laissant passer vos pensées, vos émotions comme des nuages. Vous serez alors dans l’acceptation de vous-même et de ce qui est.

 

(1) Extrait définition Wikipedia
(2) Titre du livre deTrinh Xuan Thuan

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