La dépendance affective, l’addiction à l’amour

La dépendance affective, l’addiction à l’amour

Gabriel a 41 ans est le dernier d’une fratrie de sept enfants. Il fume du cannabis mélangé au tabac depuis l’âge de 17 ans, il n’a jamais essayé d’arrêter car, selon lui, c’est le seul moyen de calmer ses angoisses et son malaise intérieur. Il pense ne pas être dépendant de l’alcool même s’il sait qu’il en consomme excessivement. Ces mouvements sont lents et ses pupilles sont dilatées. Il écoute sans interruption de la musique qui semble l’absorber. Dans ses relations avec les femmes, il cherche l’amour fusionnel. Il ne s’aime pas et cherche une partenaire pour le combler sur le plan affectif. « Je sais que je ne suis pas un enfant de l’amour » explique-t-il. Il a grandi dans un milieu agricole dans lequel les activités de la ferme étaient la priorité. Les addictions de Gabriel sont les conséquences d’une dépendance affective qui est problématique. Ainsi une addiction est la conséquence d’une dépendance affective.

Quelques exemples de dépendance ou d’addiction :

A la nourriture, à l’alcool, au travail, à la sexualité, au sport, à la spiritualité (eh oui !), à l’argent, aux jeux, au tabac, aux drogues et aussi à l’amour.

On dit qu’il y a dépendance « dès que l’on ne peut plus se passer de l’objet ou de la substance choisie ». La dépendance affective est une dépendance liée à un profond manque affectif qui s’est progressivement mis en place pendant l’enfance.

Combien de temps dure l’enfance ?

Disons que l’enfance se termine à 11 ans soit 4015 jours et si l’on inclut les 9 mois passés dans le ventre de notre mère soit 270 jours, nous pouvons dire que l’enfance dure grosso modo 4345 jours ou 104 280 heures.

On peut dire que l’enfance dure longtemps et tout ce qui va être ressenti, vécu, expérimenté par l’enfant aura un impact sur sa vie. Pendant tout ce temps, des croyances, des blessures se sont installées. La dépendance affective s’installe essentiellement dans la sphère familiale.

Comment s’installe la dépendance affective ?

La construction du lien d’attachement
La mère de Gabriel ne s’attendait pas à avoir un septième enfant. Pendant toute sa grossesse, elle a travaillé dans la ferme et s’est occupée de ses autres enfants. Son mari, un homme dur, n’était pas disponible et ne se préoccupait que de loin de l’éducation de ses enfants. Quel lien a-t-elle tissé avec son bébé ? Quelles émotions lui a-t-elle inconsciemment communiquées ?

La clé de compréhension réside effectivement dans les émotions qui sont notre premier moyen de communication et qui vont laisser leurs empreintes de manière durable. Contrairement aux idées reçues, « l’enfant a déjà une vie affective, relationnelle et émotionnelle dans le ventre de sa mère. Un lien d’attachement plus ou moins fort se tisse alors avec elle. Au cours de la grossesse, la communication avec l’enfant n’existe que sur le mode émotionnelle : langage fondé uniquement sur les émotions. »

La naissance, une épreuve

La naissance est une véritable épreuve pour le bébé, sa première séparation. Une angoisse de séparation peut alors s’installée d’où l’importance pour lui de recevoir immédiatement des marques d’amour de sa mère.
Chaque parent a une fonction : la fonction paternelle et la fonction maternelle.

On s’en doute, la fonction maternelle consiste à veiller aux besoins de son enfant et à les satisfaire, c’est la fusion totale : la mère sait, ressent les sensations et la plupart des émotions de son bébé.
C’est cette symbiose que recherche Gabriel, et les dépendants affectifs, dans leur quête insatiable d’amour.

« Le temps de la fusion permet à l’enfant de construire son self (son moi) en toute confiance. Progressivement, la mère doit accepter que son enfant fasse l’apprentissage de la frustration. Dans le cas contraire, il aura du mal à devenir autonome, il se sentira en insécurité et va chercher toute sa vie « quelqu’un qui va le rassurer et lui apporter une sécurité qui lui a manquée dans ses premières années de vie. »

« L’enfant a besoin de la protection de sa mère et de son père.
L’enfant se pose inconsciemment les questions suivantes :
Est-ce que je suis aimé ?
Est-ce que je serai toujours aimé ?
Va-t-on prendre suffisamment soin de moi ?
Pour l’enfant c’est question de survie. »

Quels sont les signaux qui permettent à l’enfant de savoir s’il est aimé ?

Le toucher, le corps
Selon Elena Gianini Belotti « les marques de tendresse accompagnant le rite des tétées persuadent intimement le bébé que son corps est digne d’amour, qu’il est beau. C’est précisément dans l’acceptation profonde du corps de l’enfant par la mère que « naît » l’estime de soi(…).Le nouveau-né a une sensibilité très aiguë de la manière dont on le tient. Il apprend les signes qui lui font dire « prends ton temps » ou « dépêche-toi ». Très tôt on apprendre à nous conformer aux attentes de l’autre. »

L’attention
Pour l’enfant la mère est sa seule référence. L’enfant comprend, interprète que si sa mère prend son temps, le caresse avec tendresse, lui dispense toute son attention alors il est aimé. S’il est aimé c’est qu’il est aimable donc digne d’être aimé. Le manque d’attention de la mère est vécu par l’enfant comme de l’indifférence. La mère de Gabriel avait plusieurs enfants, le travail de la ferme et était surmenée.

Toutes les expériences vécues, toutes les émotions ressenties durant l’enfance sont « enregistrées » dans la mémoire de l’adulte.

Quels sont les comportements des personnes qui souffrent de dépendance affective ?

Pour les personnes souffrant de dépendance affective, l’enjeu consiste à se faire aimer pour se sentir exister, valable, aimable. Alors elles vont chercher à
Elles cherchent à être utiles aux autres, à être approuvées, être acceptées…
Elles ne disent jamais non.
Elles se rendent toujours disponibles.
Elles ne savent pas recevoir des compliments.
Elles préfèrent donner plutôt que recevoir.
Elles pensent qu’il faut se sacrifier pour être aimé.
Elles ont peur de déplaire.

L’ennemi est à l’intérieur

Elles ont créé un personnage qui les resserre, un juge qui ne cesse de les condamner. C’est aussi pour faire taire ce juge, anesthésier ses émotions et détourner son attention de son sentiment de solitude, que Gabriel fume du cannabis et fuit le silence. Il s’agit de comportements autodestructeurs.

D’autres comportements sont tout aussi autodestructeurs :
– Ne pas quitter un partenaire violent par exemple
– Provoquer une rupture par peur d’être quitté (le sentiment de rejet étant plus pénible que la solitude)

Etre en décalage ou dans le déni de la réalité

Les personnes dépendantes affectives interprètent la réalité sous le prisme de leurs émotions et non en tenant compte des faits. C’est comme si un écran se plaçait entre elles et la réalité. L’écran représente leurs croyances construites à partir de leur vécu émotionnel et leurs blessures. Les croyances pour elles se confondent avec la réalité.

Etre dans la dépendance affective n’est pas une fatalité !

La prise de conscience que l’on souffre d’une dépendance affective est le premier pas. Cette étape constitue à elle-seule une grande victoire. Gabriel comprend maintenant qu’il souffre de cette pathologie. Il a encore peur, il sait qu’il a besoin de se faire accompagner pour en sortir. Il dit avoir besoin de temps pour passer à l’action. Il sait aussi que sa santé est en jeu et qu’il est vital pour lui de prendre soin de son esprit et de son corps.

Se libérer de sa dépendance affective demande du temps, du courage et de la persévérance. Mais c’est possible, en se faisant notamment accompagner.

Ouvrages de référence :
« Du côté des petites filles » – Elena Gianini Belotti
« Vaincre la dépendance affective » – Sylvie Tenenbaum

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